Après 60 ans de déni, l’arsenal nucléaire «israélien» au cœur d’une nouvelle réalité
Par AlAhed avec sites web
La politique d’ambiguïté entretenue par Washington et «Tel Aviv» autour de l’arsenal nucléaire «israélien» est de plus en plus contestée, alors que la guerre contre l’Iran ravive les tensions régionales et relance le débat sur la prolifération nucléaire au Moyen-Orient.
Dans une analyse publiée par CNN, le journaliste Davis Winkie revient sur six décennies de déni entretenu par Washington et «Tel Aviv» autour de l’arsenal nucléaire «israélien», et examine les raisons pour lesquelles cette politique d’ambiguïté est aujourd’hui de plus en plus contestée.
L’histoire de ce déni remonte aux années 1960, lorsque des responsables américains découvrirent, lors d’un survol du désert du Naqab (Néguev), un chantier qui allait devenir le centre nucléaire de «Dimona». Interrogé sur la nature du site, un responsable «israélien» le présenta comme une «usine textile». Cette formule est devenue, au fil des années, un euphémisme régulièrement employé pour évoquer le programme nucléaire «israélien».
Des documents diplomatiques américains déclassifiés révèlent que Washington avait très tôt connaissance des ambitions nucléaires de «Tel-Aviv». Dès les années 1960, plusieurs responsables américains estimaient que les autorités «israéliennes» s’étaient engagées dans le développement de l’arme atomique. En 1969, sous les présidences de Richard Nixon et de la Première ministre Golda Meir, les deux parties auraient convenu de préserver cette ambiguïté : «Israël» ne confirmerait pas publiquement la possession de l’arme nucléaire et Washington éviterait de la reconnaître officiellement.
Cette politique permettait notamment aux États-Unis de limiter les pressions en faveur d’une course à l’armement nucléaire dans la région, tout en évitant une confrontation ouverte avec leur allié. Elle permettait également à «Israël» d’échapper aux questions internationales sur son arsenal, alors que le pays n’a pas adhéré au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).
Les révélations se sont toutefois accumulées. En 1986, Mordechai Vanunu, ancien technicien du centre de «Dimona», avait transmis au journal britannique The Sunday Times des informations et des photographies sur le programme nucléaire «israélien». Il fut ensuite condamné pour trahison et espionnage et passa 18 ans en prison, en grande partie à l’isolement. Aujourd’hui, l’Initiative contre la menace nucléaire (NTI) estime que l’arsenal «israélien» compte environ 90 ogives.
Une politique de plus en plus contestée à Washington
La guerre contre l’Iran remet désormais cette question au premier plan. Alors que Washington et «Tel-Aviv» justifient leur confrontation avec Téhéran, notamment par la volonté d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire, plusieurs experts et élus américains dénoncent le maintien du silence sur l’arsenal «israélien».
En juin dernier, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait reconnu devant le Congrès que «la plupart des pays estiment» que «Israël» possède l’arme nucléaire, tout en soulignant que cette réalité n’a jamais été officiellement reconnue par les autorités «israéliennes» ni discutée publiquement par Washington.
Le député démocrate Joaquin Castro estime, pour sa part, que cette politique d’ambiguïté est devenue «imprudente et dangereuse». Il s’interroge notamment sur les lignes rouges nucléaires «israéliennes» et sur les mesures que Washington pourrait prendre si ces armes étaient utilisées, alors que des soldats américains sont déployés dans la région.
Les évolutions régionales accentuent ces inquiétudes. L’Arabie saoudite a, à plusieurs reprises, menacé de développer ses propres capacités nucléaires si l’Iran venait à se doter de l’arme atomique. Parallèlement, un accord de coopération nucléaire entre Washington et Riyad, actuellement examiné par le Congrès américain, pourrait ouvrir la voie à l’enrichissement d’uranium sur le territoire saoudien, sous certaines conditions.
La situation iranienne demeure également au cœur des préoccupations. Selon l’expert James Acton, du Carnegie Endowment for International Peace, l’Iran aurait une chance sur deux de parvenir à fabriquer l’arme nucléaire au cours des trois prochaines années, malgré les frappes visant ses installations et les objectifs affichés par Washington et «Tel-Aviv».
Pour plusieurs observateurs, la politique de déni autour de l’arsenal «israélien» ne correspond donc plus aux réalités stratégiques actuelles. Mais son abandon pourrait ouvrir un débat plus large sur la prolifération nucléaire au Moyen-Orient et sur les exigences de non-prolifération appliquées par les États-Unis aux autres pays de la région.
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