Netanyahu a aidé Kushner à dissimuler un milliard de dollars émiratis à la Banque centrale «israélienne», selon une enquête
Par AlAhed avec sites web
Une enquête publiée par le magazine américain Vanity Fair, signée par le journaliste d’investigation Matthew Cole, avance que le «Premier ministre israélien» Benjamin Netanyahu aurait conseillé à Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, de transférer près d’un milliard de dollars provenant secrètement des Émirats arabes unis vers un compte à la Banque d’«Israël». Selon l’enquête, Netanyahu aurait également exigé d’être informé de toute opération effectuée sur ces fonds.
Ces révélations sont tirées du nouveau livre de Cole, Les princes et les voleurs : le plan secret de Jared Kushner et Mohammed ben Zayed pour remodeler le Moyen-Orient. Selon l’auteur, les fonds auraient transité par l’Azerbaïdjan avant d’être transférés vers «Israël» en 2018. Ils auraient été destinés à l’enrichissement personnel de Kushner et s’inscriraient dans un réseau de comptes secrets totalisant environ deux milliards de dollars, alimentés par des dirigeants émiratis et saoudiens durant le premier mandat de Trump.
À cette période, Kushner aurait discuté avec le président émirati Mohammed ben Zayed et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane de la création d’un fonds de plus de dix milliards de dollars destiné à soutenir des objectifs politiques conformes aux priorités de la future administration Trump. Le projet aurait ensuite évolué vers la mise en place de plusieurs comptes bancaires.
Journaliste spécialisé dans les questions de renseignement américain depuis plus de vingt ans, Matthew Cole a notamment travaillé pour ABC, NBC et le New York Times. Dans son ouvrage, fondé sur des sources issues du renseignement et des personnes présentées comme informées des arrangements évoqués, il affirme que Netanyahu aurait participé à la gestion de l’un de ces comptes.
Une source au fait du dossier a déclaré à Cole que Netanyahu aurait recommandé à Kushner de déposer les fonds à la Banque d’«Israël» afin de donner l’apparence d’un compte gouvernemental. Le quotidien hébreu «Yedioth Ahronoth» souligne toutefois qu’il n’est pas possible d’ouvrir des comptes privés auprès de la Banque d’«Israël».
Selon l’enquête, Netanyahu aurait également demandé à Kushner de le prévenir avant tout transfert depuis le compte. Les échanges entre les deux hommes auraient transité par David Friedman, ambassadeur des États-Unis en «Israël» à l’époque, qui rencontrait régulièrement le «Premier ministre».
L’objectif de cet arrangement aurait été de dissimuler le lien entre les fonds transférés par Mohammed ben Zayed et Kushner. Une autre source, qui affirme avoir aidé ce dernier à transférer de l’argent depuis «Israël», a déclaré qu’une grande partie des sommes aurait ensuite été acheminée vers des comptes à Chypre, puis vers d’autres destinations.
Le renseignement néerlandais au cœur de la découverte
Selon le récit de Cole, l’affaire aurait été mise au jour dans le cadre d’une opération de renseignement lancée à la fin de 2017. Le renseignement militaire néerlandais aurait alors repéré un pirate informatique travaillant pour le renseignement militaire russe et préparant un déplacement au Royaume-Uni.
En coopération avec les services britanniques, les Néerlandais auraient convaincu le pirate informatique de leur donner accès à un serveur lié au renseignement russe, plutôt que de procéder à son arrestation. L’examen du serveur aurait révélé des captures d’écran du téléphone de Kushner, conduisant les enquêteurs à chercher comment l’appareil avait été compromis.
Au début de 2018, des spécialistes néerlandais en cybersécurité auraient découvert une faille leur permettant de surveiller les images affichées sur l’écran du téléphone de Kushner pendant son utilisation.
Cette surveillance aurait notamment révélé que Kushner accédait à un compte bancaire émirati ayant reçu des centaines de millions de dollars par l’intermédiaire d’une banque azerbaïdjanaise. Baptisé «Alpha», ce compte aurait été détenu auprès de First Abu Dhabi Bank et aurait reçu environ 750 millions de dollars depuis 2017, selon le livre. Les fonds auraient été alimentés par des sources saoudiennes et émiraties.
D’après Cole, le recours à l’Azerbaïdjan aurait facilité les transferts intermédiaires en dollars et rendu plus difficile l’identification de l’origine des fonds, ceux-ci pouvant apparaître, à leur arrivée à destination, comme provenant d’une institution financière azerbaïdjanaise.
Une institution émiratie au centre des circuits financiers
Le compte «Alpha» n’aurait pas été ouvert au nom de Kushner, mais à celui de Watani Emirates, une institution caritative financée par le gouvernement émirati. Selon l’auteur, Kushner aurait obtenu le statut de signataire autorisé, ce qui lui aurait permis d’accéder potentiellement aux fonds sans en être officiellement propriétaire.
L’institution, alors dirigée par Darar Belhoul Alfalasi, aurait également joué un rôle dans la facilitation d’achats d’armes secrets par les Émirats et d’opérations à l’étranger. Une source citée anonymement par Cole affirme qu’elle permettait de réduire le niveau de contrôle exercé sur certaines transactions sensibles.
Cole inscrit ces circuits financiers présumés dans le contexte des objectifs politiques et diplomatiques poursuivis par les dirigeants régionaux durant le premier mandat de Trump. Mohammed ben Salmane cherchait alors à consolider sa position de prince héritier, tandis que Mohammed ben Zayed souhaitait convaincre Washington d’abandonner l’accord nucléaire conclu avec l’Iran. De son côté, Kushner travaillait sur une initiative visant à parvenir à un accord entre «Israël» et les Palestiniens, tout en promouvant le rapprochement entre «Israël» et les pays du Golfe.
Selon le livre, les fonds auraient été liés à ces intérêts croisés. Les extraits publiés ne fournissent toutefois pas de preuves décisives permettant d’établir la nature exacte d’éventuelles contreparties financières ou politiques.
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