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Deux ans après l’assassinat de Sayyed Nasrallah: Comment a évolué le lien entre le Hezbollah et ses partisans ?

Deux ans après l’assassinat de Sayyed Nasrallah: Comment a évolué le lien entre le Hezbollah et ses partisans ?
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Par Bothayna Olleik*

Deux ans après les coups les plus durs portés à la Résistance libanaise depuis sa création, à savoir l'assassinat de son chef historique, Sayyed Hassan Nasrallah, l'attentat des bipeurs, l'assassinat de plusieurs de ses chefs militaires et les deux guerres sanglantes qui ont eu lieu durant cette période, la question la plus importante demeure concernant les partisans de la Résistance : comment cette opinion publique a-t-elle maintenu sa fermeté dans ses choix et n'a-t-elle pas dévié de ses convictions malgré les paris de l'ennemi «israélien» et de ses alliés, tant au pays qu'à l'étranger, selon lesquels l'ampleur des pertes militaires et humaines contraindrait la communauté de la Résistance à renoncer à ses choix ?

Deux ans plus tard, cette communauté émerge accablée par les martyrs, les blessés, les personnes déplacées et les maisons détruites. Pourtant, ses actions et ses prises de position ont démontré que l'ampleur des pertes n'avait pas rompu le lien entre le Hezbollah et sa base sociale, et que ce lien était bien plus complexe et profond qu'une analyse superficielle ne pouvait le saisir.

C'est ce qu'ont indiqué plusieurs études, notamment une étude de terrain menée par la Fondation Carnegie en octobre 2014 auprès de personnes déplacées libanaises. Cette étude a conclu que les groupes et segments interrogés n'avaient pas manifesté de changement significatif dans leur attitude envers le Hezbollah ; au contraire, leur attachement au Parti s'était renforcé. L'étude a attribué ce résultat au sentiment, partagé par de nombreuses personnes déplacées, que leur destin et celui du Parti étaient intimement liés, ainsi qu'au rôle de la mémoire historique de la communauté chiite et de ses institutions sociales et politiques.

En février 2025, les funérailles de Sayyed Hassan Nasrallah et la commémoration du premier anniversaire de son martyre ont constitué un autre indicateur éloquent. Des centaines de milliers de personnes ont participé au cortège funèbre à Beyrouth, marquant ainsi le plus grand rassemblement politique et populaire de l'histoire moderne du Liban.

Ces événements n'étaient pas de simples moments d'émotion ; ils ont représenté un instant chargé de significations et d'implications profondes qui demeurent pertinentes même deux ans après son martyre et deux guerres dévastatrices.

Pour comprendre l'histoire de la communauté de la Résistance et les raisons de sa relation exceptionnelle avec la Résistance et le Hezbollah, il est essentiel d'examiner un ensemble de facteurs historiques, sociaux, politiques et culturels qui ont contribué à sa formation et à sa consolidation.

Premièrement : la conscience politique et sociale de la communauté de la Résistance s’est forgée au fil des décennies, dans un contexte d’expériences accumulées, depuis l’occupation israélienne du Sud, en passant par les invasions, les guerres et les déplacements de population, jusqu’à la libération du Sud en 2000 et la victoire de la guerre de juillet 2006.

Au fil du temps, ces expériences se sont transformées en une mémoire collective transmise de génération en génération, jouant un rôle fondamental dans la construction de l’identité de cette communauté et de sa perception des événements et des défis auxquels elle est confrontée.

On peut ici rappeler les idées de l’historien britannique Eric Hobsbawm concernant le rapport des sociétés à leur passé et le rôle de la mémoire historique dans la formation de leur conscience. Les sociétés n’interprètent pas les événements nouveaux indépendamment de ce qui les a précédés, mais les inscrivent plutôt dans une série d’expériences qui ont contribué à façonner leur perception d’elles-mêmes, de l’ennemi et du monde.

De ce point de vue, une grande partie de la communauté de la Résistance interprète la guerre récente en lien avec une longue histoire de confrontation avec «Israël», et avec les expériences, les sacrifices et les victoires accumulés que cette confrontation a façonnés dans la mémoire collective.

Deuxièmement : Au cours des dernières décennies, le Hezbollah s’est profondément imbriqué dans le tissu social, culturel et politique de la communauté chiite libanaise. Par conséquent, le lien qui unit une partie de ses sympathisants au Hezbollah ne se limite pas à l’attachement d’un électeur à un parti politique, un lien susceptible d’être rompu par l’évolution des circonstances ou les bouleversements du rapport de forces.

Dans ce contexte, Michael Young écrivait au Carnegie Center que, pour ses partisans, le Hezbollah n’est pas simplement une force liée à l’Iran, mais qu’il est profondément enraciné dans l’une des plus importantes communautés libanaises, et que son symbolisme fait désormais partie intégrante de l’identité collective d’une partie des chiites libanais.

Ceci explique pourquoi les pressions supplémentaires, même celles qui entraînent des pertes humaines, la destruction de maisons et de villages, renforcent la solidarité.

Troisièmement : Au fil des décennies, un système de valeurs, de symboles et de concepts associés à la patience, au martyre, au sacrifice, à la dignité et au refus de se soumettre s’est constitué au sein de la Résistance.
Ces concepts ne relèvent pas du simple vocabulaire du discours politique ; ils constituent un système de valeurs qui confère à la douleur et au sacrifice une signification qui transcende les pertes matérielles et humaines. La parole de l'Imam Ali (que la paix soit sur lui) : «La mort, dans votre vie vous asservit et vous vainquez la vie par votre mort», illustre cette vision, qui lie le sens de la vie à la dignité et au refus de l'asservissement.

Dans cette perspective, les pertes matérielles et humaines, aussi grandes soient-elles, ne se transforment pas en défaite psychologique tant que la société est capable de donner à ses sacrifices un sens en accord avec son identité, ses valeurs et son interprétation du combat qu'elle mène.

Quatrièmement : Au cours des dernières décennies, le Hezbollah a réussi à bâtir un système d'institutions, d'associations et de réseaux d'entraide, parallèlement aux initiatives individuelles et collectives nées en son sein, contribuant ainsi à renforcer la capacité de la communauté à affronter les crises et à persévérer dans des conditions difficiles.

Ces structures ont joué un rôle dans le soutien apporté aux familles des martyrs, aux blessés et aux familles pauvres, ainsi que dans le renforcement de la solidarité sociale et des réseaux d'entraide, ce qui a permis à la relation entre le Parti et son public de transcender les limites de l'affiliation politique pour s'ancrer dans des liens sociaux et institutionnels ancrés dans la vie quotidienne.

Cinquièmement : Les partisans du mouvement de Résistance sont convaincus que le coût de la poursuite de la résistance, aussi élevé soit-il, demeure inférieur à celui de la perte de la capacité de faire face à l’ennemi et de défendre le territoire.

Cette conviction a été renforcée par la poursuite des frappes israéliennes après le cessez-le-feu de 2024, le déclenchement d’une nouvelle guerre en 2026 et l’occupation israélienne continue du territoire libanais. Elle a été aggravée par l’échec de la voie de négociations directes choisie par les autorités libanaises et par les concessions faites par le Liban sans contrepartie de la part d’ «Israël ».

Dans cette perspective, les partisans du mouvement de Résistance comparent le coût qu’ils supportent aujourd’hui à un coût bien plus élevé qu’entraînerait une reddition ou la perte de la capacité de défendre le territoire.
Ils interprètent également la poursuite de l’occupation et des frappes israéliennes comme la preuve que la menace sous-jacente persiste et que la nécessité de résister demeure.

Sixièmement : L’expérience et les événements successifs ont démontré que la relation entre le Hezbollah et ses partisans est plus complexe que celle d’une simple organisation politique dotée d’une base électorale ou populaire. Le contexte social dans lequel le Parti a émergé est devenu un terreau fertile pour les symboles, les mémoires, les discours et les réseaux de solidarité. C’est ce qu’exprimait le martyr Mohammad Afif lorsqu’il déclarait : «Le Hezbollah est une nation, et une nation ne meurt jamais.»

Cette affirmation résume la nature fondamentale de la relation entre le Parti et ses partisans, où l’idée de résistance transcende les frontières de l’organisation pour s’inscrire dans la conscience collective et l’identité socio-politique.

Nombre d’analyses n’ont pas su saisir cette dimension. Elles ont perçu la Résistance comme une organisation que l’on peut affaiblir en assassinant ses dirigeants et en détruisant sa structure, alors que l’expérience révèle que la compréhension de ce phénomène exige une approche non conventionnelle de la société qui l’a vu naître et de la mémoire qu’elle porte.

Les faits ont démontré que les pertes militaires et matérielles, aussi importantes soient-elles, n'ont pas entraîné de désintégration sociale ni de transformation politique au sein de la Résistance et parmi les sympathisants du Hezbollah. C'est un point que les opposants du Parti à l'intérieur du pays et ses ennemis à l'étranger devraient prendre en considération.

*Article publié sur le site d’Al-Mayadeen et traduit par Al-Ahed
 

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