Hajj Abdel Qader: Des notes de musique au champ de bataille
Mohammad Deaibes*
Lorsqu’on l’interrogeait sur son identité, Hajj Abdel Qader, connu sous le nom de «Hajj Tahseen» dans la mémoire de la génération ayant connu les débuts du mouvement (de la Résistance islamique), n’avait d’autre réponse que celle d’être un «fils de l’Islam». Ce faisant, il évoquait l’esprit du noble compagnon du Prophète Mohammad (psl), Salman al-Farisi.
Pour lui, l’appartenance était une vision purement coranique et un mode de vie global, reflété dans chaque aspect de sa pensée, de son leadership, de son éthique et de son sens des responsabilités. Pour un auditeur occasionnel, cette phrase pouvait ressembler à une réponse brève destinée à couper court à la question. Mais pour ceux qui le connaissaient, elle représentait la quintessence de toute une vie, commencée dans le village de Bednayel dans la Bekaa, où Hajj Ibrahim Mohammad Aqil est né le 24 décembre 1962.
L’histoire n’a pas débuté par les armes. À l’âge de quinze ans, il s’est rendu à l’Association des Scouts Musulmans à Beyrouth, accompagné d’un proche. Captivé par le mouvement scout et fasciné par sa fanfare, il y a adhéré. Il a maîtrisé la pratique de sept instruments, au premier rang desquels la trompette, puis le piano. Il a composé plusieurs morceaux et possédait une oreille musicale particulièrement fine ainsi qu’un goût raffiné dans le choix de ses interprétations. Après plusieurs mois, il rejoint les Scouts d’Amiliya, où il reste jusqu’à l’âge de dix-neuf ans. C’est alors que survient l’invasion «israélienne» du Liban, le détournant de cette facette sensible et artistique de sa personnalité vers un autre terrain: la confrontation avec l’occupant.
Sur ce terrain, il appartenait à la génération fondatrice de l’activisme islamique à Beyrouth et figurait parmi les commandants des opérations lors de la résistance à l'invasion «israélienne» de la capitale au début des années 1980. Il a ensuite évolué à travers diverses responsabilités. Au début des années 1990, il prend la responsabilité de la formation centrale au sein du Hezbollah et joue un rôle clé dans le développement des capacités humaines des formations de la Résistance. Il prend ensuite la tête du commandement de l’état-major au milieu des années 1990.
À partir de 1997, il assume la responsabilité de l’Unité des opérations du Jabal Amel, poste qu’il occupe jusqu’après la libération en 2000. Durant cette période, il dirige directement un certain nombre d’opérations spéciales. Il a compté parmi ceux qui ont posé les jalons des opérations de la Résistance islamique. À partir de 2008, il occupe les fonctions de secrétaire général adjoint pour les affaires opérationnelles et est nommé membre du Conseil du Jihad.
Lorsque la guerre de juillet 2006 éclate, il fait partie des commandants qui dirigent la riposte à l’agression. Il supervise la création et le développement de la Force Radwan et la dirige jusqu’à son martyre. Il comptait également parmi les commandants qui ont planifié et dirigé les opérations contre les groupes takfiris. Depuis le lancement de la bataille «Déluge d’al-Aqsa», il était chargé de la planification et de la supervision des opérations militaires de la Force Radwan sur le front de soutien libanais.
Il y a peut-être un sens qui dépasse le contraste apparent dans le parcours d’un homme qui a commencé par des notes de musique pour finir sur le champ de bataille. L’oreille qui distingue une note de musique précise est la même qui comprend la valeur de la discipline, du rythme et de l’harmonie entre différentes parties — des qualités indispensables à quiconque bâtit une formation de combat entière. Mais il s’agit là d’une interprétation rétrospective que nous projetons sur le parcours de ce commandant. Quant à lui, la seule réponse qu’on lui connaissait était celle par laquelle nous avons commencé: «Un fils de l’Islam».
Le 20 septembre 2024, Hajj Abdel Qader est tombé en martyr lors d’une frappe aérienne «israélienne» ciblant un immeuble dans le quartier d'al-Qaem, dans la banlieue sud de Beyrouth, aux côtés de plusieurs de ses compagnons de Résistance islamique. Le Hezbollah l’a pleuré comme un «martyr sur la voie d’al-Qods» et a précisé dans son communiqué qu’al-Qods (Jérusalem) avait toujours occupé une place centrale dans son cœur, son esprit et ses pensées.
Aujourd'hui, à l'occasion du deuxième anniversaire de son martyre, le récit de sa vie nous laisse face à une question — non pas sur qui il était, mais sur ce que signifie réellement être un «fils de l'Islam» par des actes plutôt que par des mots: rester fidèle aux engagements pris et laisser sa conduite témoigner pour soi avant que sa langue ne le fasse.
*Traduit de l'arabe (original)
