Un officier «israélien» témoigne: «Nous tuons des Gazaouis sans raison»
Par AlAhed avec sites web
Un officier de réserve «israélien» ayant servi au sein d’une unité de drones a affirmé que, pendant la guerre à Gaza, des soldats peuvent tuer «qui ils veulent, quand ils le veulent», sans craindre de conséquences. Sous le pseudonyme de «Nir», il a raconté à «Haaretz» «l’effondrement du système de responsabilité au sein de l’armée israélienne.»
Nir dit notamment avoir été témoin de la mort de secouristes et de pompiers à Rafah, le 23 mars 2025. Depuis une base militaire située près de Gaza, il raconte avoir vu des ambulances circuler sur une route avant d’être prises pour cible.
«Ce qui s’est passé cette nuit-là était clair : des ambulances et des véhicules de la défense civile ont été pris pour cible sans raison apparente», affirme-t-il.
Selon son témoignage, après qu’un premier véhicule a été touché, les membres de l’équipe médicale seraient sortis et auraient cherché à se mettre à l’abri derrière les ambulances, tout en demandant aux soldats de cesser le feu.
«Mais les soldats ont commencé à leur tirer dessus, un par un», affirme l’officier.
L’armée «israélienne» a par la suite prétendu qu’il s’agissait d’une erreur d’identification. Une enquête militaire a néanmoins été ouverte afin d’examiner les circonstances de l’incident.
Pour Nir, cet épisode a constitué un tournant.
«J’ai compris qu’il était possible pour n’importe qui de tuer qui il voulait, dans les proportions qu’il voulait, sans en subir les conséquences», raconte-t-il.
Mais ce qui l’a profondément marqué, explique-t-il, n’était pas uniquement la violence des tirs. C’était aussi, selon lui, l’attitude des soldats.
«Ils avaient le doigt léger sur la gâchette. Ils avaient perdu leur humanité», affirme-t-il.
Il raconte également que les informations communiquées au sujet des victimes auraient changé au fil du temps : d’abord 15 membres du Hamas, puis 12, avant que le chiffre ne soit finalement ramené à trois. Selon son récit, les corps auraient ensuite été enterrés sur place et les véhicules écrasés et recouverts de terre.
«Tout ce qui se passait devant moi semblait sans importance pour eux», dit-il.
«Une personne assise sur une chaise décide qui va mourir»
Selon «Haaretz», Nir a continué à servir pendant un certain temps avant de comprendre qu’il ne parvenait plus à supporter les conséquences psychologiques de ce qu’il avait vécu. Il a finalement quitté l’armée.
«Il y a quelque chose qui vous fait ressentir de la culpabilité : une personne assise sur une chaise décide qui va être tué et qui ne le sera pas», explique-t-il.
Son état psychologique s’est progressivement dégradé. Il raconte avoir souffert de crises d’angoisse et de colère et avoir commencé à consommer des drogues. Il affirme également avoir fait preuve de violence envers sa compagne pendant son sommeil.
Ce n’est que récemment, explique-t-il, qu’il a pu reconnaître souffrir d’un syndrome de stress post-traumatique et d’une «blessure morale» liée à ses années de service.
«Vous êtes littéralement assis là à regarder le film le plus dur que vous puissiez imaginer», résume-t-il.
Des opérations menées avant la guerre
Nir affirme que les expériences à l’origine de son traumatisme ont commencé bien avant la guerre actuelle, au cours d’une longue série d’opérations à Gaza.
Il affirme notamment que la «ligne jaune» — une zone dans laquelle les Palestiniens auraient été considérés comme des cibles — était parfois élargie sans autorisation explicite de la hiérarchie politique ou militaire. Les civils qui y pénétraient auraient alors été pris pour cible sans avertissement.
Il évoque également une opération au cours de laquelle 15 Palestiniens auraient été tués après le bombardement d’un bâtiment présenté comme abritant une cible. Selon son témoignage, il s’est avéré par la suite que cette personne ne se trouvait pas dans le bâtiment.
Nir affirme qu’au cours de la guerre de 2014, il a passé plus de 500 heures à piloter des drones au-dessus de Gaza et qu’il a été directement impliqué dans la mort de 19 personnes.
Selon son témoignage, le nombre de personnes tuées dans les opérations auxquelles il a participé serait ensuite passé à 54 avant le 7 octobre. Il reconnaît que certaines des victimes se sont finalement révélées n’avoir aucun lien avec le Hamas ou avec une autre organisation armée.
«Soudain, j’ai compris que, dans chaque pièce où j’entrais, je tuais autant de personnes que possible», raconte-t-il.
Il dit avoir fini par prendre conscience qu’il avait tué des habitants de Gaza «sans raison», poussé par une logique qui lui avait valu le surnom de «chasseur».
Aujourd’hui, Nir affirme suivre une thérapie afin de surmonter les conséquences psychologiques de son expérience. Il a également engagé une procédure contre le «ministère israélien de la Guerre» afin que son état psychique soit reconnu et qu’il puisse obtenir une indemnisation.
