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Gaza: Des responsables américains en «Israël» ont bloqué une alerte précoce sur le «désert apocalyptique»

Gaza: Des responsables américains en «Israël» ont bloqué une alerte précoce sur le «désert apocalyptique»
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Par AlAhed avec Reuters

Début 2024, quelques mois seulement après l’opération du Hamas du 7 octobre 2023 et l’incursion «israélienne» dans la bande de Gaza, des employés de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) ont rédigé une alerte interne alarmante à destination des hauts responsables de l’administration Biden : le nord de Gaza était devenu un «désert apocalyptique», confronté à de sévères pénuries alimentaires et médicales.

Selon ces rapports, dressés à partir d’une mission humanitaire en janvier et février, des restes humains, un fémur et d’autres os, jonchaient les routes, des cadavres étaient abandonnés dans des véhicules, et les besoins essentiels, nourriture et eau potable, étaient «catastrophiques».

Mais l’ambassadeur américain à al-Qods occupée (Jérusalem), Jack Lew, et sa numéro deux, Stephanie Hallett, ont limité la diffusion de ces dépêches au sein du gouvernement américain, estimant qu’elles manquaient d’équilibre, selon quatre anciens responsables et des documents consultés par Reuters. Les deux diplomates n’ont pas répondu aux sollicitations de l’agence.

Des descriptions d'une «brutalité inhabituelle»

La dépêche de février 2024 faisait partie de cinq documents envoyés au cours du premier semestre, signalant la rapide détérioration des conditions sanitaires, alimentaires et sociales à Gaza du fait de l’offensive «israélienne», affirment six anciens responsables américains à Reuters. Trois anciens responsables américains soulignent que les descriptions, d’une «brutalité inhabituelle», auraient alerté les plus hauts responsables de l’administration si elles avaient été diffusées. Elles auraient aussi pu influencer la mise en œuvre du «Mémorandum sur la sécurité nationale», liant l’aide américaine à «Israël» au respect du droit international.

«Les dépêches n’étaient certes pas le seul canal d’information humanitaire… mais elles auraient constitué une reconnaissance, par l’ambassadeur lui-même, de la réalité à Gaza», explique Andrew Hall, alors spécialiste des opérations de crise à l’USAID. L’ambassade américaine à al-Qods-0ccupée (Jérusalem) supervisait la rédaction et la diffusion de la plupart des dépêches sur Gaza, y compris celles d’autres ambassades de la région. Un ancien haut responsable précise que Mme Hallett et M. Lew rappelaient régulièrement à la direction de l’USAID que les informations figurant dans ces messages étaient largement relayées dans les médias.

L’ex-secrétaire d’État Antony Blinken et le camp du président Joe Biden n’ont pas répondu aux questions sur le fait que ces dépêches n’ont jamais été transmises aux échelons supérieurs de l’exécutif. Le soutien de l’administration Biden à «Israël» pendant la guerre a profondément divisé le Parti démocrate et demeure un point de tension pour ses candidats. Plus de 80 % des Démocrates estiment la riposte «israélienne» à Gaza excessive et pensent que les États-Unis devraient venir en aide aux populations de l’enclave menacées de famine, selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé en août dernier.

Une expertise humanitaire «mise de côté»

À cette période, la Maison-Blanche et d’autres hauts responsables fédéraux étaient informés de la détérioration de la situation humanitaire via les rapports du Conseil de sécurité nationale et les alertes d’ONG. En février 2024, Joe Biden avait déclaré depuis la Maison-Blanche : «Il y a énormément d’innocents qui meurent de faim, d’innocents en danger, et cela doit cesser, jugeant la riposte israélienne à Gaza « excessive».

En janvier 2024, l’ambassade américaine à al-Qods occupée avait néanmoins autorisé la diffusion plus large d’une dépêche sur l’insécurité alimentaire à travers Gaza. Ce message, transmis au président dans son «daily briefing», compilation des informations jugées cruciales pour la sécurité nationale, mettait en garde contre le risque de famine dans le nord de l’enclave et la possible aggravation de la situation dans le reste du territoire faute de livraisons. Il s’agissait de l’un des premiers rapports détaillés de l’USAID sur la rapide détérioration de la situation, y compris au sud de Gaza.

Cette dépêche a attiré l’attention de plusieurs responsables à la Maison Blanche, dont Jon Finer, conseiller adjoint à la sécurité nationale, qui s’était dit surpris par la vitesse à laquelle la sécurité alimentaire se dégradait, selon deux anciens responsables.

Mais l’accès très restreint à Gaza au plus fort des combats limitait la transmission de rapports réguliers depuis le terrain. «En résumé, l’expertise humanitaire a été maintes fois ignorée, marginalisée, bloquée», dénonce un ancien membre de l’équipe d’intervention d’urgence Moyen-Orient de l’USAID.

Avant la réduction de l’USAID à un effectif minimal au département d’État sous l’administration Trump, les diplomates américains s’appuyaient largement sur les rapports de l’agence dans les situations où la présence diplomatique et le renseignement humain faisaient défaut. Depuis 2019, l’USAID n’a plus de personnel à Gaza et base ses rapports sur des informations fournies par des agences de l'ONU, notamment l’UNRWA, principale organisation pour les réfugiés palestiniens, et d’autres ONG financées par Washington.

Cette dépendance vis-à-vis de tiers a alimenté le scepticisme de certains responsables de l’administration Biden envers les rapports de l’USAID, rapportent trois anciens responsables américains à Reuters. Le médiateur américain pour le Moyen-Orient, Brett McGurk, et ses conseillers demandaient ainsi systématiquement, en réunion, si l’USAID avait pu vérifier les informations et pourquoi elles différaient parfois radicalement de la version «israélienne», exposent ces trois sources. McGurk a refusé de commenter.

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