Liban-sud: Les frappes «israéliennes» contre des équipements liés à la reconstruction constituent des crimes de guerre apparents, dit le HRW
Par AlAhed avec sites web
Les attaques répétées menées par l'armée «israélienne» contre des équipements liés à la reconstruction et contre d'autres installations civiles dans le sud du Liban durant l'année 2025 ont violé les lois de la guerre et constitué des crimes de guerre apparents, a déclaré lundi 15 décembre Human Rights Watch.
Des habitants et des autorités municipales locales ont déclaré à Human Rights Watch que ces attaques ont entravé les efforts de reconstruction dans le sud du Liban, et ont empêché des dizaines de milliers de personnes déplacées de retourner dans leurs foyers. Plus de 10 000 bâtiments ont été gravement endommagés ou détruits dans cette région, entre octobre 2023 et janvier 2025.
«Malgré le cessez-le-feu, les forces israéliennes ont mené des attaques qui visaient illégalement des installations et des équipements liés à la reconstruction dans le sud du Liban», a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. «Après avoir réduit en ruines plusieurs villes frontalières de cette région, l'armée israélienne rend désormais beaucoup plus difficile la situation de dizaines de milliers d'habitants qui souhaitent retourner dans leurs villes et y reconstruire leurs maisons détruites.»
Human Rights Watch a enquêté sur quatre attaques «israéliennes» menées dans le sud du Liban contre des sites contenant des équipements liés à la reconstruction de la région. Trois attaques menées dans les villes de Deir Seryan, Msayleh et Ansariyeh visaient six sites où des bulldozers, des excavatrices et des engins lourds étaient garés à l’extérieur, ainsi que des installations de maintenance. La quatrième attaque visait une usine de ciment et d'asphalte à Sinay. Ces frappes ont été menées entre août et octobre 2025, soit plusieurs mois après l’instauration du cessez-le-feu entre «Israël» et le Liban ; elles ont tué trois civils, et blessé au moins onze personnes.
Les chercheurs se sont rendus sur les sites et ont mené des entretiens avec 13 personnes, dont des propriétaires d’installations de stockage et d'entretien, des maires des villes concernées, un responsable de l'usine de ciment et d'asphalte, un entrepreneur disposant d’un contrat avec le gouvernement et deux personnes travaillant pour une organisation non gouvernementale internationale qui fournit de l'aide dans le sud du Liban. Human Rights Watch a également examiné des documents d'inventaire et des contrats montrés par trois propriétaires d’entrepôts.
Ces quatre attaques ont détruit plus de 360 engins lourds, dont des bulldozers et des excavatrices, ainsi que l’usine de ciment et d'asphalte. Les propriétaires des entrepôts d'engins lourds ont expliqué qu’ils vendaient ou louaient des engins à des clients dans différentes régions du Liban, y compris pour des travaux de reconstruction civile, notamment le déblaiement de décombres.
«Nous ne pouvons même pas déblayer les décombres parce que nous craignons que si nous le faisons, les machines que nous utilisons pour le déblaiement soient également frappées», a déclaré Ibrahim Karim, propriétaire d'un entrepôt d’engins à Deir Seryan. «Donc ici, nous avons déblayé les décombres manuellement.»
Peu après chacune de ces attaques, l’armée «israélienne» a émis une déclaration prétendant que les équipements et matériaux ciblés étaient utilisés par le Hezbollah (ou que leur utilisation était «autorisée» ou «planifiée»), afin de «reconstruire» ou «rétablir» ses «infrastructures» (ou «actifs» ou «activités») dans la région. Aucune déclaration de l’armée israélienne n’a toutefois fourni d’informations plus détaillées.
Human Rights Watch n'a trouvé aucune preuve de la présence de cibles militaires sur ces sites, ou dans les environs. Les chercheurs ont pu vérifier que certaines machines et fournitures étaient utilisées à des fins civiles. Les chercheurs n'ont pas été en mesure de vérifier les conditions d’utilisation de toutes les machines et de tous les matériaux qui ont été attaqués, mais n'ont trouvé aucune preuve de leur utilisation à des fins militaires par le Hezbollah.
Le Hezbollah est constitué d’une part d’une branche armée nommée «Al-Muqawama al-Islamiyya» («Résistance islamique») et d’autre part d’un parti politique ainsi que d’autres organisations non militaires dont des établissements de santé et des organismes d'aide sociale. À l'instar d'autres partis politiques libanais, le Hezbollah compte des milliers de membres qui ne participent activement à aucun aspect de ses opérations militaires.
Cependant, même dans les cas où des équipements civils étaient vendus à des personnes liées au Hezbollah, ou entretenus pour leur compte, cela ne signifiait pas que ces engins ou entrepôts devenaient des cibles militaires légitimes.
D'après les preuves recueillies par Human Rights Watch, les contributions potentielles des machines et des sites attaqués à la capacité militaire du Hezbollah étaient trop vagues ou trop ténues pour que ces objets puissent être considérés comme des cibles militaires légitimes. Autoriser de telles attaques reviendrait à faire de toutes les machines lourdes et de toutes les usines produisant des matériaux de construction des objectifs militaires susceptibles d'être attaqués.
Les forces «israéliennes» ont aussi mené à plusieurs reprises dans le Territoire palestinien occupé des attaques illégales contre des machines lourdes destinées à la reconstruction et d'autres infrastructures civiles vitales, entravant ainsi les efforts de reconstruction à Gaza.
Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont l’analyse des lois coutumières de la guerre fait autorité, les parties belligérantes ne peuvent cibler que des objectifs militaires légitimes, définis comme «des biens qui, par leur nature, leur emplacement, leur destination ou leur utilisation apportent une contribution effective à l’action militaire». Il s’agit de biens «dont la destruction totale ou partielle, la capture ou la neutralisation», au moment de ces actes, «offre […] un avantage militaire précis».
La simple possibilité que des équipements puissent être utilisés de manière indéterminée dans le futur à des fins militaires, par exemple pour construire des fortifications, ne suffit pas pour les considérer comme une cible militaire légitime. Les personnes qui ordonnent des attaques délibérées contre des biens et des infrastructures civils sont responsables de crimes de guerre.
Les principaux alliés d'«Israël», notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne, devraient d’urgence faire pression sur «Israël» afin que ce pays cesse d’attaquer des biens civils et les efforts de reconstruction au Liban, souligne HRW. Ces pays devraient immédiatement suspendre leurs ventes d'armes à «Israël» et d’autres formes de soutien militaire, et imposer des sanctions ciblées aux responsables «israéliens» impliqués de manière crédible dans des crimes graves, ajoute l’ONG.
Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes sur les crimes internationaux graves commis dans le pays. Le gouvernement devrait entreprendre un processus d’adhésion du Liban au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, accompagné d’une déclaration acceptant la compétence de la CPI avant la future date d'adhésion, depuis au moins le 7 octobre 2023.
«Le retour de dizaines de milliers de résidents déplacés du Liban dans leurs foyers et leurs villages dépend de la capacité des autres gouvernements à faire pression sur Israël pour que ce pays cesse d’attaquer les efforts de reconstruction», a conclu Ramzi Kaiss. «Ces autres pays devraient immédiatement suspendre les ventes d'armes à Israël et imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans les crimes graves qui se poursuivent.»
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