Nouvelles interpellations à Bruxelles, la police toujours en état d’alerte

Trois nouvelles interpellations ont eu lieu hier à Bruxelles, liées à un projet d'attentat déjoué en France, attestant encore un peu plus de l'étroitesse des ramifications entre les terroristes de Paris et ceux qui ont ensanglanté la capitale belge mardi.
En lien avec une opération menée la veille en région parisienne, les forces de police du royaume ont ainsi procédé hier à deux perquisitions et trois interpellations à Bruxelles, dont l'une a donné lieu à la neutralisation d'objets suspects par les démineurs, dans un large périmètre de sécurité à Schaerbeek, un des communes de Bruxelles. «Une personne a été interceptée (...). Elle a été légèrement blessée à la jambe», a déclaré le bourgmestre (maire) de la commune, Bernard Clerfayt. Dans la matinée, deux autres hommes avaient été interpellés à Forest et Saint-Gilles, deux autres communes de la capitale.
Le parquet fédéral belge a aussi fait savoir que Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats parisiens de novembre, incarcéré depuis une semaine, avait opéré un revirement de stratégie entre samedi et mardi, et refusait désormais de coopérer avec les enquêteurs. «Entendu immédiatement» après les attentats de mardi qui ont fait au moins 31 morts, «il a refusé de faire la moindre déclaration», a dit le parquet dans un communiqué. Selon des procès-verbaux de son audition du 19 mars ayant fuité dans des médias français, il a minimisé son rôle le 13 novembre, chargeant son frère Brahim et Abdelhamid Abaaoud, son ami d'enfance qu'il dit à peine connaître.
Par ailleurs, Sven Mary, l'avocat de Salah Abdeslam, a porté plainte «avec constitution de partie civile» contre le procureur de Paris, François Molins, pour violation du secret de l'instruction, a indiqué hier le parquet de Bruxelles. Le procureur de Paris avait annoncé le 19 mars que Salah Abdeslam, arrêté la veille à Bruxelles, avait déclaré aux enquêteurs belges qu'il «voulait se faire exploser au Stade de France», à Saint-Denis, le soir des attentats, avant de faire «machine arrière». Le 20 mars, Me Mary s'était insurgé contre ces déclarations, estimant que «la lecture d'une partie de l'audition d’Abdeslam en conférence de presse constitu(ait) une violation».
Liens étroits confirmés
En France, le président François Hollande a affirmé que le réseau ayant commis les attentats de Paris et de Bruxelles était «en voie d'être anéanti», même si d' «autres réseaux» constituent encore «une menace». Le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, avait annoncé jeudi soir la mise «en échec» d'un projet d'attentat «conduit à un stade avancé». L'arrestation près de Paris de Reda Kriket, un ancien braqueur, a en effet conduit à la découverte de fusils d'assaut et d'explosifs dans un appartement d'Argenteuil (nord de Paris). Ce Français de 34 ans, ayant résidé dans la capitale belge, avait été condamné en son absence, le 29 juillet 2015 à Bruxelles, à 10 ans de prison «du chef de participation aux activités d'un groupe terroriste et de recel», selon des détails dévoilés hier en Belgique. L'un de ses coprévenus dans ce procès d'une filière terroriste vers la Syrie était Abdelhamid Abaaoud, membre comme lui de la mouvance «Zerkani», du nom d'un prédicateur bruxellois décrit par la justice comme le «plus grand recruteur» de terroristes en Belgique.
Les liens apparaissent de plus en plus étroits entre les commandos de Paris et ceux du 22 mars à Bruxelles. L'homme soupçonné d'avoir été l'artificier du 13 novembre, le Bruxellois d'origine marocaine Najim Laachraoui, est avec Ibrahim el-Bakraoui un de deux kamikazes de l'aéroport de Zaventem, a confirmé hier le parquet fédéral. Des traces de son ADN ont été retrouvées dans plusieurs planques belges des membres des commandos parisiens, mais aussi «sur un gilet explosif et un morceau de tissu utilisés au Bataclan, et sur un engin explosif du Stade de France», a énuméré le parquet.
Parallèlement, le gouvernement belge a dû s'expliquer sur certains ratés dans la lutte antiterroriste, devant une commission du Parlement. Trois ministres belges, Didier Reynders (Affaires étrangères), Koen Geens (Justice) et Jan Jambon (Intérieur), ont ainsi dû s'exprimer pendant plusieurs heures sur le cas d'Ibrahim el-Bakraoui, ancien condamné qui a échappé à la justice belge après sa remise en liberté sous conditions en 2014. La Turquie qui l'avait arrêté à l'été 2015 près de la frontière syrienne, puis expulsé dans un avion vers les Pays-Bas, avait reproché aux autorités belges d'avoir ignoré son «profil terroriste» et raté son arrestation à son retour. Mais, hier, les ministres belges ont mis en cause le flou des informations transmises à la mi-2015 par la Turquie à propos de Bakraoui. M. Jambon a en outre fustigé l'attitude de «l'agent de liaison» de la police belge à Istanbul, sans citer son nom. «Je ne peux que conclure qu'une personne a été pour le moins négligente, pas très proactive, ni très engagée», a déclaré Jambon. «Une personne issue de l'appareil policier a gaffé», a-t-il ajouté, parlant d'une attitude «inacceptable».
Pendant ce temps, le difficile travail d'identification des victimes se poursuivait. Les décès de ressortissants de neuf nationalités, dont des Américains, un Chinois et un Français, ont été confirmés hier par les autorités de leurs pays respectifs.
Source : AFP et rédaction
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