Iran: L’accord maritime avec Oman ne signifie pas la réouverture du détroit d’Ormuz
Par AlAhed avec agences
L'accord conclu entre l'Iran et Oman concernant une nouvelle voie de navigation dans le détroit d'Ormuz est uniquement une condition préalable à la régulation du trafic maritime et ne signifie pas la réouverture de cette voie maritime stratégique, a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.
Dans une interview exclusive accordée dimanche 2 août à à la télévision d’Etat IRIB, M. Baghaï a souligné que le maintien de la fermeture du détroit d'Ormuz est la conséquence directe des violations successives du mémorandum d’entente d’Islamabad par les États-Unis et de leurs mesures de harcèlement constantes à l'encontre de la République islamique d'Iran.
«L'accord avec Oman concernant cette nouvelle voie de navigation est uniquement une condition préalable à la régulation du trafic maritime. Il ne signifie pas la réouverture du détroit d'Ormuz», a-t-il affirmé, ajoutant: «Le détroit demeure fermé en raison des violations successives du mémorandum d’entente par les États-Unis, du blocus naval imposé à l'Iran et des nombreux actes perturbateurs perpétrés par Washington à l'encontre de la République islamique d’Iran.»
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a rejeté les menaces, les actes d'intimidation et les propos hostiles tenus par des responsables américains, les qualifiant de tactiques habituelles. Il a souligné que la République islamique d’Iran agit exclusivement en fonction de ses intérêts et priorités nationaux. «L'Iran ne se laissera en aucun cas influencer par les propos enflammés d'autrui. Nos intérêts et priorités nationaux ne seront pas dictés par les menaces des responsables américains.»
«Ces récits médiatiques prétendant que nous avons changé de cap à cause des remarques de quelqu'un ou des paroles d'un intermédiaire s'inscrivent dans le même schéma récurrent. Ce qui importe, c'est que la puissance et l'autorité de l’Iran imposent une telle force de dissuasion que l'autre partie sait qu'aucun aventurisme ne pourrait rester sans une réponse ferme et adaptée», a-t-il indiqué.
M. Baghaï a précisé que des pourparlers avec Oman concernant une route maritime sûre sont en cours depuis longtemps. «Immédiatement après le cessez-le-feu, le 8 avril, nous avons entamé des discussions avec Oman. La première visite du ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, après la guerre, a eu lieu à Oman, où il a évoqué la situation dans le détroit d'Ormuz avec Sa Majesté le sultan et le ministre omanais des Affaires étrangères. Il ne s'agit donc pas d'un événement nouveau.»
«En tant qu'État côtier, l'Iran s’engage à coopérer avec Oman pour garantir la sécurité de la navigation et établir un mécanisme clair», a-t-il souligné. L'objectif des pourparlers, lancés après le cessez-le-feu et multipliés à la suite de la signature du mémorandum d’entente, le 18 juin, est de convenir d'un itinéraire mutuellement acceptable qui protège pleinement les intérêts iraniens.
«Il n'est absolument pas question de revenir à la situation dans le détroit d'Ormuz telle qu'elle existait avant le 28 février», a-t-il insisté. «Ces derniers mois ont été extrêmement difficiles. Nous devons donc veiller à ce que le détroit d'Ormuz ne soit pas utilisé abusivement par les agresseurs contre nous. Cela requiert un mécanisme garantissant le plein respect des droits souverains de l'Iran. Nos discussions avec Oman sont strictement bilatérales et ne concernent personne d'autre.»
M. Baghaï a rappelé que la route maritime internationalement reconnue et approuvée par l'Organisation maritime internationale (OMI) de 1968 jusqu'au déclenchement de la guerre traversait entièrement les eaux territoriales omanaises. Aux termes du cinquième article du mémorandum d’entente d’Islamabad, l'Iran s'est engagé, et l'autre partie a accepté, à ce que la gestion du détroit d'Ormuz soit exercée par l'Iran en consultation avec Oman et par le biais d'un dialogue avec les pays de la région.
«Pendant les 22 ou 23 jours de mise en œuvre de ce mémorandum, la route du nord était parfaitement sûre et la navigation se déroulait normalement», a-t-il déclaré. «Malheureusement, les États-Unis n'ont même pas laissé expirer le délai de 30 jours prévu par cette clause pour le rétablissement du trafic maritime d'avant-guerre. Avant même l'expiration de ce délai, Washington a commis des actes d'agression contre l'Iran.»
Ce faisant, les Américains ont perturbé la mise en œuvre du mémorandum et empêché le fonctionnement de la voie maritime sécurisée établie par l'Iran. «Avec la complicité de certains pays de la région, ils ont tenté d’imposer la route du sud, une route à la fois dangereuse et préjudiciable à la sécurité et aux intérêts nationaux de l'Iran. Nous ne l'avons jamais acceptée.»
M. Baghaï a annoncé que les deux parties négocient actuellement un nouveau schéma de séparation du trafic (SST), qui ne correspond ni à l'itinéraire du nord ni à celui du sud mais plutôt un itinéraire qui respecte la souveraineté des deux pays et garantit pleinement les intérêts et la sécurité nationaux de l'Iran.
Et de poursuivre: «Les négociations se déroulent jusqu'à présent de manière positive et la partie omanaise a fait preuve d'une bonne coopération. Toutefois, l'accord irano-omanais sur une nouvelle route n'est pas lié à la réouverture ou au maintien de la fermeture du détroit d'Ormuz. C'est une condition nécessaire, mais non suffisante. La réouverture du détroit est une tout autre affaire.»
Il a confirmé que des cartes détaillées, établies par les services iraniens compétents, ont déjà été transmises à la partie omanaise. Ce travail, à la fois technique et collectif, est mené en étroite collaboration avec des institutions spécialisées et compétentes, tandis que le ministère iranien des Affaires étrangères conduit les négociations.
Interrogé sur l'impact des récents propos américains, notamment celles du président Donald Trump, sur les pourparlers, M. Baghaï a indiqué que la phase actuelle des négociations, en cours depuis sept ou huit jours et depuis près de deux mois au total, s'est déroulé sans encombre. «Chaque fois que les États-Unis sont intervenus ou ont proféré des menaces, ils ont perturbé le processus. L'ingérence et les menaces américaines n'ont jamais facilité les choses. La République islamique d’Iran est depuis longtemps aguerrie face à de telles menaces, intimidations et pressions. Nous restons concentrés sur nos intérêts nationaux et nous ne les sacrifierons jamais au profit de la rhétorique de quiconque.»
Ailleurs dans son interview, M. Baghaï a souligné que la diplomatie iranienne avait atteint son apogée au cours de ces cinq ou six derniers mois. «De même que nos défenseurs et combattants sont restés constamment vigilants dans leurs bases, surveillant l'ennemi et défendant le pays, je peux affirmer avec certitude que les diplomates iraniens ont connu leur période la plus active de ces dernières années au cours de ces mêmes mois. La diplomatie doit servir à avertir, à mettre en garde et à clarifier la situation.»
Il a noté qu'au cours des dernières 24 heures seulement, de nombreux contacts avaient eu lieu, certains à l'initiative de l'autre partie – notamment la Bulgarie, le Royaume-Uni et l'Ukraine – à la suite des informations selon lesquelles leurs bases pourraient être mises à la disposition des États-Unis. «Nous avons émis les avertissements nécessaires, et ils nous ont contactés pour souligner qu'ils ne joueraient aucun rôle dans une guerre contre l'Iran.»
Il est du devoir de l'Iran, a-t-il déclaré, d'avertir des répercussions de toute nouvelle agression ou aventurisme américain. «La région a le droit et le devoir de défendre sa propre sécurité et sa stabilité. Nous devons également adresser les avertissements nécessaires à nos amis et voisins dans la région afin que chacun comprenne que tout crime militaire ou agression américaine contre la République islamique d’Iran, en particulier contre ses infrastructures, aura inévitablement des conséquences qui affecteront tout le monde.»
Concernant la possible participation des pays voisins à une agression possible contre l’Iran, le diplomate iranien a été catégorique: «Nous n’hésiterons pas à proférer des menaces, appuyées par nos capacités militaires, si nécessaire. Cela signifie avertir des répercussions de tout soutien ou complicité avec le régime américain dans une agression contre l’Iran. Nous l’avons déjà démontré concrètement.»
Dans ce droit fil, M. Baghaï a rappelé un principe fondamental du droit international: «La défense des intérêts nationaux, notamment contre ceux qui commettent directement une agression ou qui collaborent avec l’agresseur, est à la fois un droit et un devoir pour tout État».
«La résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies définissant l’agression stipule clairement que le fait de fournir des bases, des installations militaires ou un soutien logistique à un agresseur place ce pays au rang d’agresseur», a-t-il expliqué.
«Dans de telles circonstances, le pays attaqué est en droit d’exercer son droit inhérent de légitime défense pour protéger sa sécurité et ses intérêts nationaux», a conclu le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.
Comments
