Yémen: des manifestants réclament justice après le carnage de Sanaa
Des milliers de Yéménites ont manifesté dimanche devant le siège des Nations Unies à Sanaa, la capitale, où des raids aériens de la coalition arabe ont coûté la vie samedi à 140 personnes et fait plus de 500 blessés.
«Mort aux Al-Saoud», la famille régnante en Arabie, a répété la foule. Le rassemblement a été baptisé «Volcan de la colère». «Nous sommes venus devant le siège des Nations Unies pour réclamer le respect des droits de l’Homme et dénoncer le massacre perpétré dans un lieu de recueillement, s’est insurgé un manifestant. Où sont les droits de l’Homme ? Où sont les Nations Unies ? Où est le monde ?»

«Nous appelons à une commission internationale et indépendante pour enquêter sur les crimes de l’agresseur saoudien, les crimes qu’ils ont commis contre le peuple yéménite. Le dernier de ces crimes est le pire, c’est celui qui a été commis samedi en pleine cérémonie funéraire.»
«Après ce massacre, nous sommes plus déterminés à affronter les agresseurs», a martelé un haut responsable du mouvement Ansarullah, Mohamed Ali al-Houthi. «Ouvrez les fronts (de guerre) avec l’ennemi saoudien!»
Samedi, plus de 140 personnes sont tombées en martyre et 525 blessées par une attaque aérienne qui a visé une salle publique où des personnes étaient venues pour présenter leurs condoléances au ministre de l’Intérieur yéménite suite au décès de son père.
Selon des photos et des vidéos publiées sur les sites d’information yéménites, des victimes ont été brulées, carbonisées et d’autres déchiquetées par la violence des raids de l’aviation saoudienne lancés contre la Grande salle des cérémonies Al Rowaishan. Les bombardements n’ont même pas épargné les secouristes qui tentaient d’évacuer les blessés et de sortir des corps des décombres. Parmi les victimes figure le maire de Sanaa, Abdel Qader Hilal.

Le Conseil politique suprême (CPS), la plus haute autorité au Yémen a tout de suite réagi en affirmant, en substance, que «l'acte criminel commis par l'alliance américano-saoudienne d'agression ciblant la salle de cérémonie ne passera pas sans une réponse». Il appelle à «étudier et utiliser tous les moyens et options pour répondre à ce crime et d'autres crimes», à combattre «l'ennemi sur tous les fronts» et «déclarer la révolution totale contre l’ennemi et ses mercenaires».
Plus rien ne sera comme avant
De son côté le porte-parole officiel de l'armée yéménite, le Brigadier Luqman, cité par l’agence de presse yéménite Khabar : «Après ce crime rien ne sera plus comme avant», lançant un appel à la mobilisation générale, en demandant à «tous ceux qui ne sont pas encore convaincus des réalités de l'agression arabo-américaine de rejoindre le front pour faire face aux envahisseurs et de répondre aux crimes en cours qui ciblent l'ensemble du peuple yéménite.» Selon lui, «l'alliance des forces de l'agression qui ont été impuissantes à atteindre tout objectif militaire sur tous les fronts, ciblent les civils pour décourager les comités de l'armée et du peuple de leur devoir national contre l’agresseur».
Condamnations
Face au tollé international, l’Arabie saoudite – qui nie être l’origine de l’attaque – a promis une enquête. Le bain de sang a été dénoncé par Washington, Téhéran, la Syrie, la Croix-Rouge et les Nations unies.
«Profondément troublés», les Etats-Unis, alliés de Ryad, ont annoncé le réexamen de leur soutien à la coalition arabe, qui avait déjà été réduit ces derniers mois. «La coopération sécuritaire des Etats-Unis avec l’Arabie saoudite n’est pas un chèque en blanc», a affirmé Ned Price, porte-parole du Conseil de sécurité nationale à la Maison Blanche.
De son côté, l’Iran a vivement réagi. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Ghasemi, «a condamné fermement les frappes» saoudiennes, les qualifiant de «crime épouvantable contre l’humanité».
«Enquête impartiale»
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a «condamné» l’attaque «absolument inacceptable», qui «serait» le résultat de «frappes aériennes par la coalition». Il a exigé «une enquête rapide et impartiale», estimant que «les responsables doivent être traduits en justice».
Depuis le début du conflit actuel en mars 2015, des centaines de civils ont été des victimes collatérales de raids aériens attribués à la coalition sous commandement saoudien. Dans un communiqué, le CICR s’est dit «horrifié» par ces nouvelles pertes «monstrueuses» de vies civiles.
Le coordinateur humanitaire de l’ONU au Yémen, Jamie McGoldrick, n’a pas mâché ses mots. «La communauté humanitaire du Yémen est choquée et scandalisée par les raids aériens qui ont visé une salle publique où des milliers de personnes participaient à une cérémonie funéraire».
Source : agences et rédaction
Comments
