Suède: La Turquie tente de censurer un documentaire sur le génocide arménien

L’ambassade turque à Stockholm exerce des pressions la chaîne suédoise TV4 afin d’annuler la diffusion d’un documentaire qui traite du génocide arménien. La directrice de production de la chaîne dénonce une «atteinte à la liberté de la presse».
Dans un communiqué publié sur le site Web de TV4, Viveka Hansson, directrice des programmes de la chaîne, explique qu'elle a reçu un e-mail d'Arif Gulen, l'attaché de presse de l'ambassade de Turquie. Ce dernier lui a demandé de «reconsidérer la décision» de diffuser un documentaire historique qui aborde les massacres d'Arméniens et d'autres minorités ethniques commis par l'Empire ottoman en 1915.
«Nous ne pouvons accepter cela. Nous allons protester contre toute tentative de pression qui menace la liberté d'expression», s'est indignée Viveka Hansson.
«Cela est grave. Cette tendance menace notre société ouverte. Par conséquent, il est important de la mettre en évidence quand elle se matérialise. Nous ne laissons pas les ambassades, les politiciens ou d'autres groupes contrôler notre contenu», a-t-elle conclu.
De son côté, l'ambassade turque à Stockholm estime que ce documentaire «va à l'encontre de l'objectivité». «Le fait de considérer tel ou tel événement historique comme génocide ne relève que de la juridiction internationale», souligne-t-elle dans un communiqué.
Le 24 avril 1915, des milliers d'Arméniens suspects de sentiments nationaux hostiles au gouvernement central sont arrêtés. Le 26 mai, une loi spéciale autorise les déportations "pour des raisons de sécurité intérieure", suivie le 13 septembre d'une loi ordonnant la confiscation de leurs biens.
La population arménienne d'Anatolie et de Cilicie (région intégrée à la Turquie en 1921), appelée «l'ennemi intérieur», est exilée de force vers les déserts de Mésopotamie. Un grand nombre d'Arméniens sont tués en chemin ou dans des camps. Beaucoup sont brûlés vifs, noyés, empoisonnés ou victimes du typhus, selon des rapports des diplomates étrangers et des agents de renseignement de l'époque.
La Turquie reconnaît aujourd'hui que des massacres ont été perpétrés et que de nombreux Arméniens sont morts en déportation. Mais elle fait valoir qu'il s'agissait d'une répression contre une population coupable de collaboration avec l'ennemi russe pendant la Première Guerre mondiale, et que des dizaines de milliers de Turcs ont été tués par les Arméniens.
A ce jour, une vingtaine de pays reconnaissent le génocide arménien. Le Parlement européen l'a reconnu en 1987.
Source : agences et rédaction
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