L’UE toujours incapable de gérer les flux migratoires

L'Allemagne a décidé de prolonger jusqu'à mi-février ses contrôles aux frontières en raison de la crise migratoire, une mesure qu'elle envisage depuis fin octobre, a indiqué le ministère de l'Intérieur vendredi.
«Etant donné qu'aucun changement significatif (dans l'afflux de migrants) n'a eu lieu, les contrôles aux frontières vont être prolongés pour trois mois, cette fois sur la base des articles 23 et 24 du code frontières Schengen», a indiqué le ministère allemand à l'AFP, une mesure entrant en vigueur le 14 novembre.
Ce dernier avait prévenu fin octobre la Commission européenne qu'il comptait user de cette procédure si les flux migratoires vers l'Allemagne ne se réduisaient pas.
Jusqu'à présent, Berlin, qui a réintroduit les contrôles mi-septembre, les prolongeait par tranche d'un mois selon une procédure du code de Schengen. Désormais, l'Allemagne s'appuie sur d'autres procédures d'exception permettant la mise entre parenthèses des règles de libre circulation pour une période pouvant aller jusqu'à deux ans.
Plusieurs Etats européens ont réintroduit ces contrôles en raison de la crise migratoire, faute d'accord au sein de l'UE sur la répartition des réfugiés, notamment syriens, arrivant par centaines de milliers.
Création d’un fonds de 1,8 milliard d’euros
Lors de la deuxième journée du sommet sur la crise migratoire à Malte, les leaders européens ont créé un fonds commun pour gérer les «causes profondes» liées à l’immigration. La poursuite des négociations avec la Turquie a aussi été annoncée.
Une cinquantaine de chefs d’Etat européens et africains ont signé jeudi, à La Valette, la création d’un fonds de 1,8 milliard d’euros, pour «gérer ensemble les flux migratoires dans tous ses aspects», conformément à la déclaration politique commune des pays européens et africains.
Alors que Bruxelles a appelé les Etats membres à ajouter à ce montant leurs contributions propres afin de doubler cette somme, les promesses tenues n’ont pour le moment atteint que 78 millions d’euros, ce qui est «loin d’être suffisant», a noté entre autres le président nigérien Mahamadou Issoufou. Les dirigeants africains se méfient de ces propositions européennes. Ils ont notamment objecté le concept de «réadmission» des migrants dans leur propre pays.
«Le retour dans le pays d'origine ne saurait être la seule réponse de l'Europe aux migrants africains. En effet, [certains d’entre eux] ont besoin, à l'instar des migrants venus d'autres régions, de protection», a estimé le dirigeant ivoirien Alassane Ouattara.
Le «traitement discriminatoire» des différents pays du continent africain a été dénoncé par son homologue sénégalais Macky Sall. «On ne peut pas insister à réadmettre les Africains chez eux pendant qu’on parle d’accueillir [en Europe] les Syriens et d’autres», a-t-il noté, cité par l’AFP.
La collaboration avec la Turquie à la une des débats
A l’issue du sommet africano-européen, c’est une rencontre entre les dirigeants de l’UE qui a eu lieu, également à Malte. Les négociations ont porté principalement sur les discussions avec la Turquie, avec laquelle il a été décidé de tenir un sommet le plus rapidement possible. Il pourra se tenir à la fin du mois de novembre ou au début du mois de décembre.
A la mi-octobre, les 28 et Ankara ont jeté les bases d’une stratégie commune pour endiguer l’afflux des migrants. Ce plan pourrait notamment rapporter à Ankara jusqu’à 3 milliards d’euros, des visas privilégiés et de nouvelles négociations sur son adhésion à l'UE contre son aide.
La Libye menace d'ouvrir les vannes
Mais ce plan commun d’action européen, est loin d’être acquis. Au moment où les leaders européens essayent de contrer l’arrivée des réfugiés, le gouvernement libyen de la coalition Fajr Libya à Tripoli, non-reconnu par la communauté internationale, menace l’Europe de lui envoyer encore plus de migrants. Le «gouvernement du Salut national», qui s’oppose au gouvernement officiel en exil, siégeant à Tobrouk, se demande s’il doit aider l’Union européenne à contenir l’afflux migratoire, tant que Bruxelles ne le reconnaît pas.
D’après Chris Bambery, l’analyste politique, l’Union européenne n’a vraisemblablement aucune stratégie concernant la Libye.
«L’UE a permis à ce pays d’être réduit au chaos. Elle a laissé la situation évoluer, et elle n’a maintenant aucun plan précis pour rassembler ce pays en une unité politique stable», a déclaré l’expert dans une interview à RT.
Source : agences et rédaction
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