
Valls: On a fermé les yeux sur la progression du salafisme
Manuel Valls a rappelé ce mercredi matin l'intensité de la menace terroriste, en France notamment. Invité d'Europe 1, au lendemain des attentats de Bruxelles, le Premier ministre a tenu un langage de vérité.

«Nous allons vivre longtemps avec cette menace terroriste, a-t-il prévenu. C'est une guerre que le terrorisme nous a déclarée, pas seulement à la France, à l'Europe, mais aux valeurs universelles. C'est le monde entier qui doit réagir». «C'est un combat de longue haleine, a-t-il ajouté. C'est une affaire d'une génération».
«Daech» veut nous détruire, veut détruire ce que nous sommes, notre mode de vie. Il n'y a pas de risque zéro, il faut continuer la mobilisation, a poursuivi Manuel Valls. «Nous n'avons jamais connu une telle menace terroriste à un tel niveau, équivalente et peut-être même plus élevée que celle connue avant le 13 novembre.»
«On a fermé les yeux, partout en Europe»
Face à cette menace, le Premier ministre français a appelé une fois de plus le Parlement européen à voter rapidement le PNR, un fichier des données personnelles des voyageurs aériens. «Il faut être responsable, a-t-il insisté. Il y a urgence à adopter le PNR européen. Le parlement a trop tardé à adopter ce texte, il est temps, il faut aller vite.» Le chef du gouvernement a aussi souligné qu'il «y a aussi urgence à renforcer le contrôle des frontières extérieures de l'Union européenne», car «nous savons que Daech a volé une grande quantité de passeports en Syrie».
Alors que ce même jour, Manuel Valls doit se rendre en Belgique pour une visite qui était programmée avant les attentats, il a expliqué qu'il allait «dire toute sa solidarité à ce peuple ami, cousin, frère. Ils ont une belle devise, l'union fait la force. Les Belges font face comme nous à une situation très difficile.» Mardi, le ministre Michel Sapin a créé la polémique en assurant que les Belges avaient été «naïfs», au sujet de la radicalisation. Manuel Valls, lui, a cherché à calmer le jeu. «Je ne veux pas donner des leçons à nos amis belges, nous aussi en France nous avons des quartiers sous l'emprise des trafiquants de drogues et des salafistes. On a fermé les yeux, partout en Europe sur la progression des idées extrémistes, du salafisme (...) qui ont perverti une partie de la jeunesse», a-t-il avoué.
Plus de 30 personnes identifiées comme liées aux attentats de Paris
Le Premier ministre a indiqué «plus d'une trentaine de personnes» avaient été à ce jour identifiées comme liées aux attentats de Paris, en novembre.
«A ce jour, plus d'une trentaine de personnes ont été identifiées comme liées aux attentats de Paris. Onze sont décédées, douze sont sous les verrous, d'autres sont recherchées. Certaines figuraient-elles parmi les attentats de Bruxelles? Nous le verrons. L'enquête en fera la démonstration», a dit Manuel Valls.
«Ces attentats sont organisés depuis la Syrie, planifiés depuis la Syrie, avec une base, c'est évident, à la fois en Belgique mais bien sûr aussi en France (...) Est-ce que ce sont les mêmes équipes? Laissons encore une fois les services de police judiciaire et la justice faire toute la lumière sur ce qui s'est passé», a conclu le Premier ministre.
Sur Salah Abdeslam, Manuel Valls a redit que la France attendait qu'il lui soit remis. «Les procédures permettent que cela se fasse dans les 3 mois qui viennent», a-t-il rappelé. Il s'est dit prêt à alourdir les peines des terroristes. «Il faut sans doute que ces condamnations soient encore plus lourdes», a-t-il déclaré après avoir déjà été interpellé mardi à l'Assemblée nationale par Nathalie Kosciusko-Morizet (Les Républicains) sur la question d'une peine de «perpétuité effective et irrévocable» pour les terroristes. «Je suis prêt à examiner cela. Agir contre le terrorisme, c'est agir sur tous les paramètres» a martelé Manuel Valls.
Sur la déchéance de nationalité et la révision constitutionnelle bloquée car le Sénat a voté un texte différent de celui adopté par les députés, il a souhaité que les sénateurs «prennent leurs responsabilités».
Enfin, malgré la menace, le Premier ministre a confirmé le maintien des prochains grands rendez-vous sportifs. «Les grands événements sportifs, culturels, populaires, sont indispensables pour montrer que nous sommes libres, que nous n'avons pas peur donc, oui l'Euro de football, le Tour de France auront lieu.» Un peu plus tard, interrogé par un auditeur qui disait ne pas comprendre pourquoi le Marathon de Paris du 3 avril prochain était maintenu, Manuel Valls a une fois de plus estimé qu'il fallait que ce rendez-vous ait lieu : «La réponse à l'idéologie de la mort, c'est la vie, c'est pouvoir courir».
Source : agences et rédaction
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