
Légion d’honneur à un prince saoudien: La décoration de François Hollande ne passe toujours pas
Alors que François Hollande a décoré un prince saoudien de la Légion d'honneur, la polémique ne cesse d'enfler dans la classe politique hexagonale, et même au-delà. Le geste diplomatique réalisé dans la plus grande discrétion agace responsables politiques et défenseurs des droits de l'homme.

Devant le tollé provoqué par la Légion d'honneur remise au prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed Ben Nayef, Jean-Marc Ayrault s'est lancé lundi matin dans une périlleuse opération déminage, arguant sur France Inter qu'il s'agissait d'une «tradition diplomatique».
Également ministre de l'Intérieur d'un régime responsable de 70 exécutions depuis le début de l'année, Ben Nayef a reçu la médaille des mains de François Hollande, vendredi dernier, lors d'une discrète cérémonie à l'Elysée.
Bien qu'il «comprenne les réactions» suscitées par cette décoration, le ministre des Affaires étrangères s'est justifié sur le protocole: «Je pourrais vous en citer plein, de Légions d'honneur qui ont été données ou de décorations qui ont été reçues par la France». François Hollande avait d'ailleurs reçu la décoration suprême du royaume lors de sa visite en Arabie saoudite. L'ancien premier ministre a également fait valoir l'importance du partenariat avec l'Arabie saoudite dans le conflit syrien.
Ayrault ne convainc pas
Un argument insuffisant aux yeux de nombreux responsables politiques, parmi lesquels les membres du Front National, très virulents. «Doit-on parler de Légion du déshonneur?», interroge ainsi le vice-président du FN, Florian Philippot sur Twitter. «Catin d'émirs bedonnants», s'emporte Jordan Bardella, conseiller régional FN d'Île-de-France, dans un tweet agrémenté d'une photo de François Hollande.
Enfin, Marine Le Pen a conclu le tir de barrage frontiste sur le mode de l'ironie: «Si le président de la République fait ça discrètement, c'est peut-être qu'il a honte de son geste, ou peut-être qu'il considère que cette décoration n'est pas méritée».
S'il est en première ligne depuis la révélation de la décoration par l'agence de presse saoudienne SPA, le FN n'est pas le seul à monter au créneau. «C'est honteux, a commenté le porte-parole d'EELV, Julien Bayou, (...) La Légion d'honneur a valeur d'exemplarité, c'est censé être public. Cela montre que nous sommes otages de nos relations commerciales avec l'Arabie saoudite, comme avec le Qatar.» L'écologiste a également rappelé que le candidat Hollande avait, lors de son discours du Bourget, promis de «ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris».
Chez Les Républicains, c'est Thierry Solère qui a ouvert les hostilités: «L'Arabie saoudite n'est pas une démocratie, il y a des exécutions capitales (…). La France devrait être plus ferme, comme les autres grandes démocraties occidentales, à exiger un comportement différent», a réclamé le député LR sur Public Sénat.
Cette décoration a suscité de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux en raison de la situation des droits de l’Homme dans le pays. Plusieurs internautes ont notamment dénoncé le manque de respect des droits des femmes saoudiennes alors que François Hollande a accordé une interview au magazine féminin «Elle» dans lequel il assure être «féministe».
Et Raif Badawi dans tout ça ?
De nombreux internautes ont rappelé le cas de Raif Badawi pour condamner la remise de cette décoration au prince héritier saoudien. Car lorsque François Hollande décore le prince, l'Union Européenne remet le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit à Raif Badawi, blogueur saoudien emprisonné depuis 2012 dans son pays.
Accusé d'apostasie et de trahison, Raif Badawi, militant pour la libéralisation morale de l'Arabie Saoudite, avait été condamné à 1.000 coups de fouet et 10 ans de réclusion. Une condamnation que certains n'ont pas oubliée, à l'heure où l'Arabie Saoudite est reçue en grande pompe à l'Elysée.
Le 2 janvier, 47 personnes avaient été mises à mort en une seule journée pour «terrorisme» dans le royaume, notamment le dignitaire et opposant saoudien Nimr al-Nimr, dont l'exécution a provoqué une crise diplomatique entre Riyad et Téhéran.
En 2015, 153 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite, selon un décompte de l'AFP basé sur des chiffres officiels, un niveau inégalé depuis 20 ans dans ce royaume wahhabite.
Source : agences et rédaction
Comments